Fiche Matière

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COMPRENDRE LA RÉSISTANCE


La résistance est une notion essentielle dans l’histoire de tous les peuples. Elle exprime la capacité d’une personne ou d’un groupe à refuser une domination jugée injuste — qu’elle soit politique, économique, culturelle ou religieuse.

Qu’est-ce que résister ?

Résister, c’est dire non à l’injustice, mais aussi affirmer sa dignité, sa liberté et son désir de changement.

Comme l’a écrit l’écrivain Albert Camus, la révolte commence par un refus, mais elle porte aussi en elle un grand « oui » à la vie, à la justice et à l’espoir d’un monde meilleur.

Comme l’a rappelé Stéphane Hessel, ancien résistant français, « l’indignation est le levier premier de toute résistance ». Pour lui, refuser l’inacceptable est le point de départ du changement. Cette idée rejoint les luttes menées à travers le monde, y compris au Congo, où des générations entières ont transformé leur indignation face à la domination coloniale en un engagement collectif pour la dignité et la liberté.

Pour de nombreux penseurs africains, la résistance est au cœur de la construction de la dignité humaine : Frantz Fanon y voit une reconquête de soi face à la déshumanisation coloniale, tandis qu’Achille Mbembe la définit comme la capacité à imaginer un avenir au-delà du malheur historique.

Dans l’histoire du Congo, comme dans celle d’autres pays, la résistance a pris des formes très variées : parfois spectaculaires, comme les révoltes et les mouvements politiques, parfois discrètes, à travers la foi, la culture, la solidarité ou la simple survie quotidienne.


1. Albert Camus . L’Homme révolté, Gallimard (1951)

2. Stéphane Hessel . Indignez-vous !, Indigène (2010) 

Définition

La philosophe Hannah Arendt, dans son livre « On Revolution » (1963), explique que résister, c’est agir ensemble pour refuser une domination que l’on considère comme illégitime. Cela concerne toutes les situations d’injustice : la colonisation, l’oppression politique, les inégalités sociales ou la perte d’identité culturelle.

Pour elle, la résistance n’est pas seulement un réflexe de défense : c’est aussi une volonté organisée de transformer la société.

Le philosophe Michel Foucault ajoute que « là où il y a pouvoir, il y a résistance ». Autrement dit, chaque fois qu’une autorité tente d’imposer sa domination, des formes de résistance apparaissent. Les deux coexistent : on ne peut pas séparer le pouvoir de ceux et celles qui lui résistent. La résistance peut donc se manifester dans la vie quotidienne, à travers de petits gestes, des paroles, des choix ou des actions collectives.

Enfin, la militante et philosophe afro-américaine Angela Davis élargit encore cette idée. Elle montre que la résistance doit s’attaquer aux différents systèmes d’oppression qui se renforcent mutuellement : le racisme, le sexisme, le capitalisme, le colonialisme, l’impérialisme ou encore la logique des prisons.

Pour elle, résister, c’est agir ensemble pour changer ces structures et non simplement dire « non ». C’est aussi penser et agir simultanément — ce qu’elle appelle une praxis. Elle rappelle que ce n’est pas suffisant de ne pas être raciste, il faut être antiraciste.

Pour elle, résister, c’est agir ensemble pour changer ces structures et non simplement dire « non ». C’est aussi penser et agir simultanément — ce qu’elle appelle une praxis. Elle rappelle que ce n’est pas suffisant de ne pas être raciste, il faut être antiraciste.

Angela Davis souligne aussi que la résistance est internationale : les luttes locales, qu’elles se passent au Congo, aux États-Unis ou ailleurs, se rejoignent dans un même combat pour la dignité, la justice et la liberté.

Cette conception trouve un écho dans la pensée africaine contemporaine. Le philosophe congolais Valentin-Yves Mudimbe voit dans la résistance un acte de « décolonisation du savoir » : résister, c’est repenser le monde depuis l’Afrique et rompre avec les cadres intellectuels imposés par la colonisation. De son côté, l’écrivaine nigériane Oyèrónkẹ́ Oyěwùmí montre que la résistance passe aussi par la décolonisation du corps et du genre, en retrouvant des manières africaines d’être femme et homme qui échappent aux modèles occidentaux. Enfin, pour l’économiste féministe Amina Mama, résister, c’est reconstruire une pensée africaine libre, ancrée dans les expériences des femmes et des communautés.

Ainsi, la résistance se présente à la fois comme une attitude morale, un acte politique et une dynamique collective. Ce refus peut s’exprimer de manière ouverte ou dissimulée, individuelle ou communautaire, dans les discours, les pratiques ou les gestes du quotidien.


1. Hannah Arendt . On Revolution, Viking Press (1963)
2. Michel Foucault . Il faut défendre la société, Gallimard/Seuil (1997)
3. Angela Davis . Femmes, race et classe, Zulma (2022)

Les différentes formes de résistance

La résistance armée

L’une des formes les plus visibles et connues de résistance est la lutte armée. 

La résistance, quelle que soit la forme qu’elle prend, pose la question de la légitimité du recours à la force face à une domination injuste. 

Dans le contexte du colonialisme, où des peuples entiers étaient privés de liberté, d’autonomie et de droits fondamentaux, la résistance armée s’est souvent imposée comme un dernier recours face à la violence d’un système oppressif.

Les résistances congolaises, comme celles des Batetela à la fin du XIXe siècle ou des Pende en 1931, se sont inscrites dans cette dynamique : des peuples ont pris les armes pour défendre leur dignité et leur humanité face à une colonisation brutale. Ces mouvements se sont produits bien avant que le droit international ne reconnaisse explicitement le droit des peuples à résister à l’oppression.

Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale, avec la création de l’Organisation des Nations Unies (ONU) en 1945, que le droit à la résistance et à la libération nationale commence à être reconnu.

La Charte des Nations Unies, dans son article 1, affirme le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et à se libérer de toute domination étrangère.

Vingt ans plus tard, la Résolution 1514 (XV) de l’Assemblée générale (1960) — dite Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux — proclame que la colonisation constitue une violation des droits humains fondamentaux. Elle légitime la lutte des peuples colonisés pour leur indépendance, ouvrant la voie à de nombreuses décolonisations, notamment celle du Congo en 1960.

Dans les années 1970, les Nations Unies vont plus loin. Par la Résolution 3103 (XXVIII) de 1973, l’Assemblée générale reconnaît officiellement la légitimité des luttes armées menées par les peuples contre la domination coloniale, raciste ou étrangère. Les combattants de ces luttes sont dès lors considérés comme des combattants de libération nationale, et non comme des terroristes.

Dans les années 1970, les Nations Unies vont plus loin. Par la Résolution 3103 (XXVIII) de 1973, l’Assemblée générale reconnaît officiellement la légitimité des luttes armées menées par les peuples contre la domination coloniale, raciste ou étrangère. Les combattants de ces luttes sont dès lors considérés comme des combattants de libération nationale, et non comme des terroristes.

Cette évolution marque une étape importante : elle traduit la compréhension que les résistances coloniales, souvent qualifiées autrefois de “révoltes”, relevaient en réalité d’une lutte légitime pour la liberté.

Le droit international humanitaire (DIH), à travers le Protocole additionnel I aux Conventions de Genève (1977), renforce encore ce principe. L’article 1, paragraphe 4, reconnaît que les conflits dans lesquels « les peuples luttent contre la domination coloniale, l’occupation étrangère ou les régimes racistes » sont des conflits armés internationaux. Cela signifie que les combattants de ces mouvements doivent être protégés par les mêmes règles que les soldats d’un État.

Autrement dit, résister n’est pas un crime, à condition que la résistance respecte les règles humanitaires fondamentales : ne pas attaquer les civils, respecter les prisonniers et éviter les atrocités.

Ainsi, le droit international n’encourage pas la violence, mais il reconnaît le droit des peuples opprimés à se défendre lorsque toutes les voies pacifiques ont échoué. Ce cadre juridique vise à distinguer la résistance légitime, tournée vers la libération et la justice, de la violence arbitraire qui reproduit l’oppression.

Les résistances congolaises de la période coloniale, bien qu’antérieures à ces textes, en incarnent déjà l’esprit.

Elles témoignent du refus profond de la déshumanisation imposée par la colonisation et du courage des peuples à défendre leur autonomie.

Elles illustrent que le droit à la résistance est né bien avant d’être reconnu par le droit : les peuples ont d’abord résisté avec leurs corps, leurs traditions et leurs armes, avant que la communauté internationale ne traduise cette légitimité en principes universels.

Aujourd’hui, l’étude de ces luttes permet aux jeunes générations de comprendre que les notions de liberté, dignité et autodétermination ne sont pas des abstractions juridiques : elles sont le fruit de combats humains, portés par des hommes et des femmes qui ont refusé l’injustice.

La résistance politique et intellectuelle

La résistance politique et intellectuelle ne se réduit pas à la contestation des institutions ou des régimes oppressifs ; elle commence par un acte de pensée. Résister, c’est refuser d’accepter comme inévitable ce qui est injuste, et chercher à comprendre les mécanismes du pouvoir pour mieux les transformer.

Antonio Gramsci considère que la lutte politique est d’abord une lutte intellectuelle et culturelle. Selon lui, les idées dominantes d’une époque sont celles de la classe dominante, et il appartient aux résistant·e·s de construire une conscience critique capable de libérer les esprits. Dans ses Cahiers de prison, il affirme que « tous les hommes sont des intellectuels », soulignant que penser est déjà un acte politique, et que la transformation sociale commence par la prise de conscience collective.

Pour Hannah Arendt, la résistance prend forme lorsque les individus agissent ensemble pour défendre la vérité et la liberté. Elle écrit que « le pouvoir naît là où des hommes agissent de concert » : la résistance devient alors une pratique de la démocratie, une manière de reconstruire l’espace public face au mensonge, à la peur et à la violence.

Cette dimension intellectuelle est centrale dans la pensée africaine. Mudimbe, Fanon et Ngugi wa Thiong’o rappellent que la résistance passe par la reconquête du droit de penser dans sa propre langue, d’écrire sa propre histoire et de produire un savoir autonome. Fanon, dans Les Damnés de la Terre, explique que la résistance intellectuelle est la première étape vers la libération politique : elle libère les esprits avant de libérer les territoires.

Cette dynamique prend une dimension internationale dans les années 1950, avec la Conférence de Bandung (1955), où les pays d’Afrique et d’Asie colonisés ou nouvellement indépendants affirment pour la première fois une position commune. Bandung marque un tournant historique : les peuples du Sud y revendiquent le droit à l’autodétermination, à la souveraineté culturelle et à la rupture avec les formes de domination coloniale. Cette rencontre inspire profondément les mouvements panafricanistes et nourrit la résistance intellectuelle africaine, dont les penseurs congolais se sentent partie prenante.

Ainsi, la résistance politique et intellectuelle unit la pensée et l’action : elle cherche à rendre visible l’injustice, à créer du sens commun et à ouvrir des possibles là où le pouvoir tente d’imposer le silence. Elle est à la fois une réflexion critique sur le monde et une invitation à le changer.

Ainsi, à mesure que le XXe siècle avance, la résistance congolaise se structure et prend une dimension politique et intellectuelle.

Les premières générations d’intellectuels congolais, formés dans les écoles coloniales, ont rapidement compris que la libération ne pouvait venir que par l’organisation collective et la prise de parole publique.

L’un des premiers à incarner cette résistance intellectuelle est Panda Farnana. 

Dans les années 1950, la résistance congolaise devient un véritable mouvement politique de masse. Des associations dites « évoluées » à l’époque, c’est-à-dire des organisations regroupant des Congolais et des Congolaises ayant eu accès à l’enseignement colonial ou à certaines formes de promotion sociale, jouent un rôle central dans la mobilisation politique des années 1950. Des mouvements comme l’ABAKO (Association des Bakongo) ou le MNC (Mouvement National Congolais) rassemblent les forces vives du pays autour d’un projet d’indépendance.

Leur action ne se limite pas à la dénonciation : les associations organisent des grèves, des meetings, des publications, et créent une conscience nationale.

La figure de Patrice Lumumba (1925-1961) symbolise cette étape : journaliste, orateur, militant panafricaniste, il fait de la résistance une parole politique.

Dans son célèbre discours du 30 juin 1960, jour de l’indépendance, il rappelle la violence du colonialisme et affirme la dignité retrouvée du peuple congolais.

Cette résistance politique et intellectuelle a préparé l’indépendance du Congo, tout en ouvrant un débat mondial sur la justice, la souveraineté et les droits des peuples.


1.  Antonio Gramsci . Cahiers de prison - 1929-1935, Gallimard (1996)
2.  Voir fiche XXX sur Farnana

La résistance économique 

La résistance économique rassemble les moyens par lesquels des individus ou des groupes refusent de participer au système économique qui les exploite ou les opprime. Elle comprend notamment les grèves, les boycotts, les refus d’impôt, les coopératives d’entraide, ou la désobéissance économique organisée. Ces méthodes partent d’un principe simple : lorsqu’un régime repose sur la force économique (production, travail, commerce), interrompre ces flux ou les détourner devient une manière efficace d’en contester la légitimité.

La grève constitue la forme la plus connue. En retirant leur force de travail, les travailleurs et travailleuses révèlent la dépendance essentielle des structures de pouvoir à ceux et celles qu’elles dominent. Les boycotts, à l’inverse, ciblent le marché et visent à affaiblir économiquement l’oppresseur en refusant de consommer ses produits. Des penseurs comme Gene Sharp, l’un des principaux théoriciens de la lutte non violente, montrent que les résistances économiques font partie des méthodes les plus efficaces pour « déplacer les rapports de force sans recourir à la violence ».

À travers le monde, de nombreux mouvements ont fait de la résistance économique un levier puissant, en voici quelques exemples :

  • Gandhi et le boycott du textile britannique en Inde qui visait à affaiblir l’économie coloniale en stoppant l’importation des tissus anglais, tout en réhabilitant les savoir-faire locaux et l’autonomie des producteurs indiens ;

  • Les mouvements anti-apartheid en Afrique du Sud (campagnes de boycott international) qui ont contribué à isoler économiquement le régime, à délégitimer sa politique raciste sur la scène mondiale et à renforcer la pression en faveur de son démantèlement ;

  • Les grèves ouvrières congolaises, comme celles de Matadi et Masisi en 1944, qui ont mis à nu les contradictions de l’économie coloniale belge et contribué à l’émergence d’une conscience sociale moderne au Congo.

  • La campagne BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) lancée par la société civile palestinienne en 2005, et qui vise à exercer une pression non violente sur l’État d’Israël afin qu’il respecte le droit international et mette fin à l’occupation des territoires palestiniens.

La résistance économique est une forme de lutte stratégique, collective et profondément démocratique. Elle démonte l’idée selon laquelle les dominé·e·s seraient impuissant·e·s : en utilisant les leviers du travail, de la consommation ou de la production, le peuple peut imposer un rapport de force nouveau. Cette forme de résistance transforme un refus individuel en acte collectif capable de modifier durablement les structures d’un système injuste.


1. Gene Sharp . De la dictature à la démocratie. Un cadre conceptuel pour la libération, Éditions Non-Violence Actualité (2012)
2. Voir la fiche matière 5

La résistance culturelle et symbolique

La résistance ne s’exprime pas uniquement par les armes ou la politique. Elle passe aussi par la culture, les arts et la création collective, qui permettent de préserver l’identité et la mémoire d’un peuple face à l’oppression.

“La culture est un acte de résistance, car elle permet à un peuple de rester debout, même quand tout semble perdu.”

Des penseuses africaines comme Werewere Liking ou Nawal El Saadawi ont montré que la création artistique est un acte de libération intérieure : elle guérit la mémoire et transforme la douleur en force. Liking parle d’ « écriture de la guérison », une manière de reconstruire la dignité par l’art.

La résistance culturelle et artistique repose sur l’idée que l’imagination et la création peuvent devenir des formes puissantes de lutte contre l’oppression. Là où les armes et la politique directe échouent ou sont interdites, l’art, la musique, le théâtre ou l’humour ouvrent des espaces de liberté.

Pour le philosophe Theodor Adorno, l’art est par nature « une protestation contre la réalité », car il rend visible ce que la société tend à effacer ou à nier. L’expression artistique devient ainsi une critique symbolique du pouvoir, un moyen de réaffirmer la dignité humaine face à la domination.

Le sociologue et militant Srdja Popovic, fondateur du mouvement non-violent serbe Otpor! et auteur de Blueprint for Revolution, parle de « résistance créative ». Selon lui, les modes de résistance alternatifs — performances, détournements, parodies, graffiti, musiques contestataires — ont une force politique unique : ils mobilisent l’émotion, la joie et l’humour pour désarmer la peur et contourner la répression. En transformant la protestation en acte artistique, la résistance devient accessible à tous, même dans les régimes autoritaires.

Cette approche rejoint la réflexion de Jacques Rancière, pour qui la politique de l’art réside dans sa capacité à redistribuer le sensible — c’est-à-dire à modifier la manière dont une société perçoit ce qui est visible, audible ou pensable.

L’art résistant bouleverse les représentations dominantes et permet aux voix marginalisées de se faire entendre. Il ne s’agit pas seulement d’exprimer une opinion, mais de changer le regard collectif sur le monde.

Dans cette perspective, la résistance culturelle est une résistance de la mémoire et de l’imaginaire. Elle s’oppose à l’effacement culturel, valorise les identités multiples et nourrit l’espoir collectif. Comme le montre l’histoire de la rumba congolaise ou du théâtre populaire africain, créer, chanter ou danser peut devenir un acte politique : résister, c’est continuer à exister, à se raconter, à rêver autrement. 

La culture devient alors un langage de résistance : elle redonne la parole à ceux que l’histoire officielle voulait faire taire.

Ngugi wa Thiong’o complète cette vision : pour lui, écrire et raconter dans sa langue maternelle est un acte de résistance. La décolonisation du langage et de la culture est au cœur de la liberté africaine.

Achille Mbembe rappelle que “résister, c’est imaginer le futur malgré le passé du malheur” : la culture devient alors un espace d’invention du possible.

Les artistes, les écrivains et les conteurs jouent un rôle essentiel dans la transmission de la mémoire collective, dans la critique des injustices et dans la construction d’un imaginaire postcolonial.

Les arts populaires, les vêtements, les proverbes, les danses ou encore les chants communautaires ont permis de maintenir vivantes les valeurs de solidarité, de dignité et d’identité africaine malgré l’entreprise d’effacement culturel du colonialisme.

Au Congo, la musique, la danse, la littérature et le théâtre ont été des armes pacifiques de résistance et de fierté nationale.

La rumba congolaise, inscrite depuis 2021 au Patrimoine immatériel de l’humanité par l’UNESCO, est un symbole majeur de cette résistance culturelle.


1. UNESCO . Déclaration universelle sur la diversité culturelle (2001)
2. Theodor W. Adorno, Théorie esthétique, Gallimard (1974)
3. Srdja Popovic & Matthew Miller . Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit, et sans armes, Payot (2015)
4. Jacques Rancière . Le Partage du sensible : Esthétique et politique, La Fabrique (2000)
5.  Voir fiche GGG sur la rumba

La résistance spirituelle et religieuse

Dans le contexte colonial, la religion — en particulier le christianisme introduit par les missionnaires — a largement servi d’outil de domination politique, culturelle et sociale. Elle a souvent été utilisée pour légitimer l’ordre colonial, effacer des pratiques locales et imposer une vision européenne du monde.

Cependant, dans certains cas, des communautés congolaises ont réinterprété, transformé et réapproprié ces éléments religieux pour en faire un levier d’émancipation. Cette transformation ne fut ni automatique ni passive : elle résulte d’un choix conscient, d’une volonté de redonner sens à la spiritualité dans un contexte de violence et de dépossession.

L’exemple le plus emblématique au Congo est celui de Simon Kimbangu (1887-1951), fondateur du mouvement kimbanguiste. En reformulant le message chrétien à partir des réalités congolaises, il appelait à la dignité, à la justice spirituelle et au refus de la soumission coloniale. Son enseignement, centré sur la libération morale et collective, devient un puissant moteur de cohésion sociale et un symbole d’espoir pour les populations opprimées. 

Ainsi, cette forme de résistance spirituelle montre que, malgré son rôle initial dans la domination, la religion a pu — lorsqu’elle est réappropriée localement — devenir un espace de résistance, de solidarité et de reconstruction identitaire, bien au-delà de la seule dimension de foi.


1. Voir fiche kimbangu 

Résister aujourd’hui :
une notion vivante

La résistance d’aujourd’hui s’exprime à travers de nouvelles pratiques citoyennes, culturelles et sociales.

Dans de nombreux pays, des mouvements de jeunes, de femmes, d’artistes et de communautés locales s’organisent pour défendre leurs droits, dénoncer les injustices et inventer d’autres manières de vivre ensemble. Ces résistances quotidiennes — souvent pacifiques et créatives — cherchent à transformer la société de l’intérieur, en redonnant du pouvoir à celles et ceux qui en sont privés.

On le voit, par exemple, dans les mobilisations climatiques des jeunes en Belgique, dans les actions citoyennes menées par « la LUCHA » en République démocratique du Congo, dans les mouvements féministes comme « Ni Una Menos » en Amérique latine, ou encore dans les luttes paysannes de « Via Campesina » qui relient des communautés rurales de plusieurs continents : autant d’initiatives qui montrent comment la résistance contemporaine se réinvente à travers des formes créatives, solidaires et profondément ancrées dans le quotidien.

Les penseuses comme Amina Mama ou Oyèrónkẹ́ Oyěwùmí rappellent que cette résistance doit aussi être féministe, en s’attaquant aux formes d’oppression de genre et de race héritées du colonialisme.

Comme le souligne Angela Davis, la résistance contemporaine est à la fois un héritage historique et un moteur de transformation. Elle s’inscrit dans la continuité des luttes passées contre l’esclavage, le colonialisme, le racisme et le patriarcat, tout en réinventant leurs formes et leurs langages.

Pour Angela Davis, résister aujourd’hui, c’est refuser toutes les formes de domination imbriquées — raciale, de genre, économique et environnementale — et construire des solidarités transnationales. Les luttes locales pour la justice — qu’elles concernent les droits des femmes, la lutte contre les violences policières, la défense des migrants ou la justice climatique — s’inscrivent désormais dans un mouvement global pour la dignité humaine.

“La liberté n’est jamais un état, c’est un processus continu de résistance et de réinvention.”

Cette vision rejoint celle de Judith Butler, pour qui la résistance contemporaine passe aussi par la visibilité des corps et des voix dans l’espace public. Les rassemblements, les manifestations, les occupations de places ou les performances artistiques sont autant de formes d’action collective qui redéfinissent ce que signifie être ensemble et exister politiquement.

Enfin, des penseurs comme Srdja Popovic montrent que la résistance actuelle s’appuie sur la créativité et la non-violence. À travers les réseaux sociaux, les actions symboliques, la satire ou l’art de rue, des milliers de citoyens parviennent à mobiliser sans armes, à rendre visible l’injustice et à désamorcer la peur. Ces « révolutions joyeuses », qu’il nomme « creative resistance », rappellent que l’humour, l’imagination et la solidarité sont aujourd’hui des armes politiques puissantes.

Ainsi, la résistance contemporaine n’est pas seulement un refus, mais un acte de construction : elle invente de nouveaux langages, de nouvelles formes d’organisation, et surtout, de nouvelles manières de croire au changement collectif. Héritière des résistances du passé, elle demeure une promesse pour l’avenir — celle d’un monde plus juste, plus égalitaire et plus solidaire.

Cet élan mondial rejoint le message de Stéphane Hessel qui, dans Engagez-vous !, s’adressait directement à la jeunesse en lui rappelant que « votre rôle n’est pas d’être spectateurs, mais de devenir les acteurs du changement ». Ce message résonne particulièrement aujourd’hui, dans un contexte où les mouvements citoyens — du Congo à la Belgique, de l’Amérique latine à l’Asie — montrent que la résistance contemporaine naît de l’indignation, mais se construit par l’engagement.


1. Angela Davis . Freedom Is a Constant Struggle : Ferguson, Palestine, and the Foundations of a Movement, Haymarket Books (2016)
2. Angela Davis . Freedom Is a Constant Struggle, op. cit. 
3. Judith Butler . Rassemblement. Pluralité, performativité et politique, Fayard (2016)
4. Srdja Popovic & Matthew Miller . Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit, et sans armes, op cit.
5. Stéphane Hessel et Gilles Vanderpooten . Engagez-vous !, Editions de l’Aube (2011)

Conclusion

En résumé, résister, c’est agir — parfois dans l’urgence, parfois dans la durée — pour défendre la dignité et construire un avenir plus juste.

L’histoire congolaise regorge d’exemples qui montrent que cette résistance a été multiple, créative et profondément ancrée dans la vie quotidienne des populations. Elle continue aujourd’hui à inspirer de nouvelles générations de citoyen·ne·s engagé·e·s dans la construction d’un Congo pacifié, libre, solidaire et démocratique. Résister, ce n’est pas seulement prendre les armes : c’est aussi penser, créer, s’unir, et refuser l’injustice sous toutes ses formes.

Comme le rappelle la journaliste Salomé Saqué, « la jeunesse a un pouvoir immense : celui de refuser le monde tel qu’il est et de se battre pour celui qu’elle juge nécessaire ». Cette conviction met en lumière le rôle décisif des jeunes dans les mouvements citoyens contemporains, qu’ils agissent pour le climat, la démocratie, l’égalité ou la justice sociale.

Pour aller
plus loin

Bibliographie 

ADORNO, Theodor W.
Théorie esthétique
Paris, Gallimard (1974)

ARENDT, Hannah
On Revolution
New York, Viking Press (1963)

BUTLER, Judith
Rassemblement. Pluralité, performativité et politique
Paris, Fayard (2016)

CAMUS, Albert
L’Homme révolté
Paris, Gallimard (1951)

DAVIS, Angela
Freedom Is a Constant Struggle. Ferguson, Palestine, and the Foundations of a Movement
Chicago, Haymarket Books (2016)

DAVIS, Angela
Femmes, race et classe
Paris, Zulma (2022)

FOUCAULT, Michel
Il faut défendre la société
Paris, Gallimard / Seuil (1997)

Dossier/outil pédagogique

résister aujourd’hui 
https://www.laicite.be/dossier-pedagogique/resister-aujourdhui/

jeu coopératif
https://www.resiste.be/

GRAMSCI, Antonio
Cahiers de prison (1929–1935)
Paris, Gallimard (1996)

HESSEL, Stéphane
Indignez-vous !
Montpellier, Indigène Éditions (2010)

HESSEL, Stéphane ; VANDERPOOTEN, Gilles
Engagez-vous !
La Tour-d’Aigues, Éditions de l’Aube (2011)

POPOVIC, Srdja ; MILLER, Matthew
Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit et sans armes
Paris, Payot (2015)

RANCIÈRE, Jacques
Le Partage du sensible. Esthétique et politique
Paris, La Fabrique (2000)

SAQUÉ, Salomé
Résister
Paris, Payot (2024)

UNESCO
Déclaration universelle sur la diversité culturelle
Paris, UNESCO (2001)

Animation externe

https://cal-charleroi.be/animations-indignez-vous/