Pour aller plus loin
01
COMPRENDRE LA RÉSISTANCE
Création, rôle et enjeux
La Force Publique
au Congo belge
Bibliographie
ADORNO, Theodor W.
Théorie esthétique
Paris, Gallimard (1974)
ARENDT, Hannah
On Revolution
New York, Viking Press (1963)
BUTLER, Judith
Rassemblement. Pluralité, performativité et politique
Paris, Fayard (2016)
CAMUS, Albert
L’Homme révolté
Paris, Gallimard (1951)
DAVIS, Angela
Freedom Is a Constant Struggle. Ferguson, Palestine, and the Foundations of a Movement
Chicago, Haymarket Books (2016)
DAVIS, Angela
Femmes, race et classe
Paris, Zulma (2022)
FOUCAULT, Michel
Il faut défendre la société
Paris, Gallimard / Seuil (1997)
Dossier/outil pédagogique
résister aujourd’hui
https://www.laicite.be/dossier-pedagogique/resister-aujourdhui/
jeu coopératif
https://www.resiste.be/
GRAMSCI, Antonio
Cahiers de prison (1929–1935)
Paris, Gallimard (1996)
HESSEL, Stéphane
Indignez-vous !
Montpellier, Indigène Éditions (2010)
HESSEL, Stéphane ; VANDERPOOTEN, Gilles
Engagez-vous !
La Tour-d’Aigues, Éditions de l’Aube (2011)
POPOVIC, Srdja ; MILLER, Matthew
Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit et sans armes
Paris, Payot (2015)
RANCIÈRE, Jacques
Le Partage du sensible. Esthétique et politique
Paris, La Fabrique (2000)
SAQUÉ, Salomé
Résister
Paris, Payot (2024)
UNESCO
Déclaration universelle sur la diversité culturelle
Paris, UNESCO (2001)
Animation externe
La Force Publique est l’institution militaire et policière créée par Léopold II en 1885, au moment de la fondation de l’État indépendant du Congo.
Dès son origine, elle n’a rien d’une armée nationale destinée à protéger la population : elle est conçue comme un instrument de domination, chargé d’imposer l’autorité coloniale, d’assurer l’exploitation économique du territoire et de réprimer toute forme de résistance congolaise.
Pourquoi la Force Publique
a-t-elle été créée ?
Léopold II cherchait à établir un contrôle total sur un immense territoire faiblement administré. Il lui fallait une armée permanente capable :
d’imposer l’ordre colonial dans des régions où cette autorité extérieure était contestée ;
de protéger les intérêts économiques (caoutchouc, ivoire, mines), essentiels à l’enrichissement de l’État Indépendant du Congo ;
de réprimer les révoltes des Congolais et Congolaises qui résistaient aux violences commises par l’état colonial en général et en particulier dans le cadre de l’exploitation forcée ;
de contrer les puissances voisines (Allemagne, France, Portugal) dans un contexte de compétition coloniale ;
de remplacer les mercenaires européens trop coûteux par une armée « locale » moins chère.
La Force Publique est donc pensée comme une armée coloniale au service d’un pouvoir étranger, destinée à garantir la soumission de la population congolaise.
Qui composait la Force Publique ?
La Force Publique avait une structure très claire :
Les officiers : exclusivement belges
Jusqu’à l’indépendance en 1960, les postes d’officiers et sous-officiers étaient presque entièrement occupés par des Belges.
Ils détenaient tous les pouvoirs de commandement, ce qui leur permettait d’exercer un contrôle direct sur les soldats congolais.
Les soldats : presque entièrement congolais
Les soldats, appelés askaris, provenaient de différentes régions du Congo.
Ils étaient souvent :
recrutés de force (enlèvements, pressions sur les familles, quotas imposés aux chefs locaux) ;
enrôlés très jeunes ;
soumis à une discipline extrêmement brutale.
Pour éviter que les soldats ne s’allient avec les populations locales, l’administration belge les envoyait loin de leur région d’origine, créant une armée déracinée et dépendante.
Une hiérarchie raciale
La Force Publique reposait sur une ségrégation stricte :
Européens = commandement, autorité, privilèges ;
Congolais = exécutants, soumis aux punitions corporelles, privés d’avancement.
Il s'agissait d'une institution construite sur une logique raciale, comme le reste de l’ordre colonial.
Pourquoi des Congolais
s’enrôlaient-ils ?
Malgré l’oppression, plusieurs raisons expliquent l’enrôlement congolais :
Le recrutement forcé
Dans de nombreuses régions, les jeunes hommes étaient enrôlés par la force.
Les chefs traditionnels devaient fournir des quotas de soldats sous peine de sanctions.
Durant la période coloniale, des enfants et des adolescents ont été enrôlés dans la Force publique, notamment à partir d’orphelinats et de pensionnats missionnaires catholiques, mais aussi parmi des enfants rendus orphelins par la violence coloniale. Ces institutions accueillaient des orphelins, mais également des enfants qualifiés de « désœuvrés », souvent séparés de leurs familles à la suite des répressions, du travail forcé ou des déplacements imposés. Soumis ensuite à une discipline militaire brutale, ces enfants étaient formés très jeunes à l’obéissance, à la hiérarchie et à l’usage de la violence, constituant une armée déracinée, coupée de ses communautés d’origine, au service du système d’exploitation coloniale. Cette pratique illustre l’ampleur de la violence structurelle du régime colonial, qui n’épargnait pas les enfants et intégrait même certaines institutions religieuses dans les mécanismes de domination.
La nécessité économique
L’armée offrait un salaire régulier, même faible, difficile à trouver dans l’économie coloniale contrôlée par les entreprises belges.
La recherche de statut social
Devenir askari pouvait offrir :
un uniforme (symbole de prestige) ;
une certaine autorité locale ;
la promesse d’une ascension limitée dans la société coloniale.
Le déracinement imposé
En envoyant les soldats loin de leur région, l’administration réduisait les risques de solidarité avec les populations locales et renforçait leur dépendance au pouvoir colonial.
Une logique d’ « obéissance conditionnée »
La formation reposait sur la discipline, la peur, la violence et la hiérarchie stricte.
Les soldats étaient donc pris dans un système qui ne leur permettait ni désertion ni contestation.
Pourquoi des Congolais
combattaient-ils d’autres Congolais ?
Cela résulte directement du rôle politique de la Force Publique :
L’armée était conçue pour servir l’État colonial, pas la population.
Les soldats étaient déracinés, isolés, contrôlés et dépendants.
Les Européens dirigeaient et ordonnaient les actions militaires.
Toute révolte congolaise était considérée comme une menace contre l’ordre colonial : les soldats étaient donc utilisés pour réprimer leur propre peuple.
Cette situation n’était pas propre au Congo : toutes les armées coloniales d’Afrique fonctionnaient ainsi (tirailleurs sénégalais, askaris britanniques, etc.).
Elle a laissé un héritage douloureux : la Force Publique a contribué à fragmenter les solidarités, à créer des divisions et à installer une logique d’obéissance autoritaire qui perdurera même après l’indépendance.
Conclusion
En résumé, résister, c’est agir — parfois dans l’urgence, parfois dans la durée — pour défendre la dignité et construire un avenir plus juste.
L’histoire congolaise regorge d’exemples qui montrent que cette résistance a été multiple, créative et profondément ancrée dans la vie quotidienne des populations. Elle continue aujourd’hui à inspirer de nouvelles générations de citoyen·ne·s engagé·e·s dans la construction d’un Congo pacifié, libre, solidaire et démocratique. Résister, ce n’est pas seulement prendre les armes : c’est aussi penser, créer, s’unir, et refuser l’injustice sous toutes ses formes.
Comme le rappelle la journaliste Salomé Saqué, « la jeunesse a un pouvoir immense : celui de refuser le monde tel qu’il est et de se battre pour celui qu’elle juge nécessaire ». Cette conviction met en lumière le rôle décisif des jeunes dans les mouvements citoyens contemporains, qu’ils agissent pour le climat, la démocratie, l’égalité ou la justice sociale.